Brouillards et boussoles s’inspire du jeu de rôle pour la méthode d’animation et la constitution de l’univers.

Puisque je n’en ai que quelques expériences (et c’était il y a longtemps), je suis allé rencontrer mon ami Alexandre, ferronnier-cuisinier et Maître du jeu. Voici une retranscription synthétisé de notre échange.

F : Tout d’abord, peux-tu m’indiquer quels univers de jeu de rôle tu pratiques ?

A : J’officie dans des jeux de rôle de moderne-contemporain, d’héroïc fantasy et d’enquête, type Chtulu au début du siècle.

F : Est-ce que tu travailles sur des scénarios existants ou tu construits tes propres scénarios, et si oui comment ?

A : Je travaillais beaucoup sur des scénarios existants en ajoutant mes propres variantes. Il y a un excellent livre sur la narration qui indique les 12 clés sur lesquelles sont construites toutes les légendes, Le Guide du Scénariste, la force d’inspiration des mythes pour l’écriture cinématographique et romanesque, de Christophe Volger. On y retrouve par exemple la figure du mentor, la composition de l’équipe et la présence des antagonistes.

Aujourd’hui, je m’intéresse à de nouveaux types de jeux de rôle : les jeux de rôle participatifs, dans lesquels les joueurs composent leurs propres histoires. Le Maître du jeu ne fait qu’arbitrer le jeu (NDLR : je pense que le terme “faciliter” correspond parfaitement).

C’est le principe du jeu bac à sable, comme Minecraft. Les joueurs explorent le monde, et tout est basé sur de l’improvisation. C’est à l’opposé de ce qui se fait dans des jeux comme “Donjons et dragons” où les joueurs devaient suivre un itinéraire très précis et il n’y avait aucune alternative possible.

Dans le jeu Oltrée, celui qui a innové en proposant le jeu de rôle participatif, le Maître du jeu définit l’environnement, la touche, le parfum de l’univers. C’est un travail de description pure. Tout l’enjeu consiste ensuite à canaliser les joueurs pour les faire avancer, pour garder néanmoins la notion de rythme, d’aventure. Simplement, il va leur donner le choix : souhaitez-vous explorer le monde ? Rencontrer des personnages ? L’histoire se dessine en fonction de ce que les joueurs vont rechercher et de comment le Maître du jeu va les rattacher à l’histoire. Il peut reprendre la main de temps en temps pour leur apporter ce dont ils ont envie. Il va au fur et à mesure retransmettre les goûts, les couleurs, dire si c’est sombre, humide… En bref, il s’agit de retourner à notre pouvoir d’imagination comme dans notre enfance!

En bref, un jeu de rôle scénarisé permet de savoir où tu vas, mais c’est beaucoup plus d’efforts. Un jeu de rôle participatif amène ce dont les joueurs ont envie et c’est basé sur l’improvisation.

Quelles sont pour toi les clés du succès d’un jeu de rôle ?

Il faut :

  • Une description cohérente de l’univers, définissant les 5 sens, pour que les joueurs s’immergent.
  • Une bonne histoire, avec une dose d’action, une dose de sentiment, un renversement de situation, des méchants et une récompense.
  • Du ludique, avec du jeu, il faut intéresser les joueurs, faire des blagues, surprendre, faire des actions qui ratent, titiller l’envie.

Egalement, je me sers de la musique pour souligner l’action. En supprimant la vue, on développe l’imagination. Attention, il ne faut pas de musique connue ! Sinon, tu enfermes les joueurs dans des représentations connues. Il vaut mieux aller sur des sites comme Archives.org et DigCCMixter. Tu peux aussi utiliser la musique pour faire des contrepoints musicaux, avec par exemple une musique joyeuse sur la description d’un lieu lugubre, pour réveiller, créer un effet, une ambiance.

C’est bien aussi de donner un support physique, comme un livre, un parchemin, un objet. Cela permet de rattacher à la réalité, cela donne de la consistance à l’univers pour le joueurs. Par exemple “un coursier se présente à vous et vous remet une lettre”, et tu donnes une vraie lettre !

Il y a un PDF très bien fait qui peut aider, le Manuel pratique du jeu de rôle, c’est gratuit et fait par la Fédération Française du Jeu de Rôle.

Il faut que ton histoire ne soit pas trop attendue. Je vais te donner un exemple. Dans la série “Game of Thrones”, on ne sait pas à quoi s’attendre, beaucoup de revirements de situation, de personnages principaux qui meurent, cela nous surprend et on on veut savoir la suite. A l’inverse, dans la série “Vikings”, on voit ce qui va arriver, on sent arriver les actions, comme par hasard, il y a une princesse, donc elle va finir avec le héros ! Dans Game of Thrones, comme dès le début, il n’y a plus de personnages principaux, alors il n’y a plus de ligne tracée. C’est le monde lui-même qui devient le héros.

Est-ce que tu aurais un dernier truc, astuce à me donner pour faire entrer les joueurs dans l’univers ?

C’est de placer un maximum d’éléments dans l’histoire. Par exemple, au lieu de dire aux joueurs avant le début du jeu “Choisissez un nom d’équipe”, tu leur fais rencontrer une personne qui leur dit “Qui êtes-vous ?”. C’est alors dans la situation qu’ils doivent se mettre d’accord et du coup donner une réponse.

De plus, c’est très important, avant de commencer le jeu, de poser les bases, d’avoir un temps hors de l’univers. “Nous allons à jouer à ça, les règles du jeu sont celles-ci, vous pouvez faire ça…” Et ensuite tu entres dans l’univers.

Merci beaucoup Alex !