Chapitire 0 – L’éveil du héro·e·s

Des cliquetis ronronnant. Une salle dorée d’où sont réfléchies les lumières des rouages. Une jeune femme se tient là.

Penchée sur un long document, la demoiselle semblait active. Ses yeux s’étendaient de droite à gauche, euh non, de gauche à droite, dans un mouvement régulier. Elle écarquillait les yeux. Les ailettes de ses narines s’agitèrent. Quelque chose la perturbait. Elle avait du mal à se concentrer. Ça ne va pas ? Non, tout va bien, pourquoi est-ce que cela n’irait pas ?

Elle marquait une pause. Sans trop de raisons, elle prit du recul sur sa situation. “Je suis contente de là où je suis, je gagne ma vie, je suis en action. Il y a plein de personnes qui rêveraient d’être à ma place. Cela ne peut qu’aller”.

Alors pourquoi cette sensation de pesanteur ? Elle devrait se sentir pleine d’énergie. Dans un rouage, bien huilé, les choses vont d’elles-mêmes, non ? Alors pourquoi cette sensation de lutte pour réaliser de simples choses ?

De droite à gauche, ah non, de gauche à droite, elle continuait sa lecture, tout en prenant des notes sur l’interface animée.

De bas en haut, ah, mais non ! De haut en bas, elle faisait la liste des informations.

Elle observa son rouage, son parcours, ses rencontres, ses accomplissements. Dans cette grosse machine grondante, une bulle bleue fit son apparition.

“BFWOUF”

Le nuage de la bulle détonante se dispersa en de milliers de petits grains, certains invisibles.

« Tindingigin »

Une clé tomba sur le sol.

Une clé qui semblait correspondre à quelques mécanismes. Impossible ! Le rouage était parfait, il ne manquait rien.

Et ces petites paillettes qui s’insinuaient petit à petit dans les différentes parties du rouage.

Elle prit la clé entre ses mains.

Une sorte de métal rond, plat, qui brillait quand elle le tournait vers elle.

Peut-être que cela pouvait se remettre quelque part ?

Elle prit le morceau dans ses mains et en chercha la provenance. Non seulement ce fut vain, dans le sens long et sans succès, mais il n’y avait pas de logique !

Cette pièce délicate, un peu perdue, était bien seule dans la machine. Sa forme, sa texture, son odeur, son reflet brut et ces petites stries n’avaient rien de semblable avec les autres morceaux. Des éléments finement forgés rendaient la pièce belle, mais ne coïncidaient pas avec le style de la machine. Elle ne s’embarrassait pas d’esthétique non productive.

Et alors qu’elle méditait sur l’objet, elle approchait du doigt la machine et toucha un morceau de paillette.

D’un coup, elle fut emportée dans des images.

Une rencontre, une impression, un parfum qui ouvraient la porte à un horizon, un possible.

Quelque chose qui chatouille, qui intrigue, qui donne envie d’en creuser les contours.

Un rêve qu’elle avait eu et qu’elle avait laissé mourir, sous prétexte de “La vie est ainsi”.

De ce pesant dans sa main, elle sentait de nouveau la soif, la faim d’être et de faire.

Elle regardait par la fenêtre. Finalement, rien le l’empêchait vraiment de sortir et d’explorer quelque chose d’autre, non ?

Mince, que ce rouage semblait laid à présent. Elle l’observait avec irritation. Certes, il l’a construite, il lui a permis d’être ce qu’elle est aujourd’hui, mais ce n’était clairement plus assez. Par cette flamme qui lui bousculait la poitrine, elle savait que les jours ne seraient plus jamais les mêmes. Elle savait et elle ne pouvait plus fermer les yeux, ou du moins qu’un temps, et que ce temps risquait de la ronger.

Ce qu’elle ne savait pas, en revanche, c’est que cette clarté lui faisait rejoindre la classe des aventurier·e·s, et qu’elle n’était plus seule !

Et vous, quel fut le moment où vous avez senti battre de nouveau l’envie dans votre poitrine et que vous avez décidé de prendre la route ?